Des femmes témoignent de violences obstétricales durant leur accouchement

France info a recueilli les témoignages choquants de femmes ayant accouché en subissant d’incroyables violences obstétricales : césariennes à vif, épisiotomies imposées… des situations qui ne sont pas cas isolés. Ce devait être le ou l’un des plus beaux jours de leur vie : ce jour ou leur enfant est venu au monde, ces femmes ne sont en effet pas près de l’oublier. Et pour cause…

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Des femmes témoignent de violences obstétricales durant leur accouchement

Le « plus beau jour de la vie d’une femme » ressemble trop souvent à un cauchemar…

La venue au monde de mon fils a été l’une des pires expériences de ma vie. J’ai été maltraitée, humiliée…

Ana raconte l’horreur subie. Pour cette trentenaire qui a eu un garçon en mars, la réalité de son accouchement a été vécu comme un calvaire. Sept mois plus tard, la jeune femme souffre toujours de stress post-traumatique. Ana a fini par se renfermer sur elle-même. Ce qu’a vécu cette jeune maman porte un nom : la violence obstétricale.

Une statistique résume à elle seule l’ampleur de l’horreur : en France, 44 % des premiers accouchements s’accompagnent d’une épisiotomie, une opération chirurgicale pourtant censée être pratiquée en dernier recours.

Un ancien médecin et blogueur, Martin Winckler témoigne de ces pratiques répandue, il les décrit ainsi:

Cela va de la parole insultante et du refus d’information aux gestes autoritaires, qu’il s’agisse d’une immobilisation forcée, d’une épisiotomie non consentie ou d’une péridurale refusée. Tout ce qui, de près ou de loin, contraint la femme enceinte à subir quelque chose contre son consentement ou viole son droit élémentaire à la pudeur et sa sensibilité.

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Ces pratiques sont dénoncées par nombre de mères et de membres du personnel soignant. Franceinfo a pu recueillir plusieurs témoignages en marge d’une réunion à Strasbourg dédiée aux droits des femmes au moment de l’accouchement.

Épisiotomie sans consentement!

Le plus gros traumatisme d’Ana, c’est l’épisiotomie qu’on lui a imposée -une incision chirurgicale sur la paroi vaginale, faite au moment de l’accouchement. Censée faciliter la venue du bébé, cette pratique sectionne le muscle du périnée et nécessite des points de suture. Pour Martin Winckler: « Cela fait partie des gestes qui devraient rester rares et être faits seulement en cas de nécessité absolue« .

Pourtant, si elle est de plus en plus décriée, l’épisiotomie reste pratiquée dans 44% des premières naissances, selon les derniers chiffres de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Pour Ana, de choix elle n’a pas eu:

Je ne voulais pas d’épisiotomie, j’avais prévenu l’hôpital. Mon accouchement se passait très bien, mais le gynécologue a tenu à en faire une. J’ai protesté, ça n’a rien changé.

Certaines femmes, comme Caroline, n’ont même pas été mises au courant de ce qu’on leur faisait :

J’ai appris que j’avais eu une épisiotomie après l’avoir vécue, en faisant une recherche sur internet… On ne m’a pas expliqué ce que je devais faire avec la cicatrice, si je pouvais la nettoyer ou pas, par exemple.

Mylène, elle, était sereine lorsqu’elle s’est rendue à son rendez-vous gynécologique du neuvième mois. Elle ne devait pas accoucher avant trois semaines, et s’attendait à un contrôle de routine:

Au moment de vérifier l’état de mon col de l’utérus, le gynécologue a enfoncé sa main jusqu’au poignet, et appuyé de toutes ses forces. Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie.

Sans qu’on l’ait prévenue, ni qu’on lui ait demandé son avis, Mylène a subi de la part de son gynécologue un « décollement des membranes », une pratique qui vise à accélérer le déclenchement de l’accouchement. Comme Myriam, qui a subi une pratique semblable lors de son accouchement:

J’ai refusé certains actes. La gynécologue a fini par obliger les sages-femmes à me maintenir de force sur la table pour mettre les mains dans mon vagin et forcer l’ouverture du col, pendant que je lui hurlais de sortir ses mains et que je me débattais.

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Maltraitances psychologiques

Outre les violences physiques, d’autres femmes racontent également avoir été victimes de maltraitances psychologiques de la part des équipes d’accouchement. Céline se souvient:

La gynécologue et la sage-femme ne m’adressaient même pas la parole pendant mon propre accouchement. Je poussais, mais personne ne me disait où en était mon bébé, et au bout de trente minutes, je me suis mise à sangloter et à les supplier de me laisser rentrer chez moi. La gynécologue m’a copieusement engueulée pour que je me calme.

Mika, une autre jeune maman, a subi une césarienne. Elle demande une anesthésie générale, qui lui est refusée. Son insensibilisation échoue:

J’ai eu une césarienne à vif. Je n’arrivais plus à respirer, je pleurais, les machines ont commencé à sonner de partout… L’anesthésiste, à qui je répétais entre deux sanglots que j’avais mal, a fini par me dire de me calmer, parce que c’était « dans la tête »…

Chantage moral

Aucune de ces femmes n’a porté plainte ni écrit à l’ordre des médecins. Pour ce qui la concerne, Mylène explique avoir commencé une lettre, puis l’avoir abandonnée. De son côté, Caroline, qui a subi une épisiotomie non désirée au mois de mars, n’a quant à elle jamais osé consulter un médecin depuis, par honte et peur qu’on ne la juge.

Martin Winckler n’est pas étonné par ces situations:

Beaucoup de femmes sont découragées de se plaindre d’un geste imposé par des déclarations du type : « Votre enfant va bien, et vous aussi, alors ne vous plaignez pas. » Il s’agit là d’une culpabilisation et d’un chantage moral tout à fait inacceptable.

C’est aussi le cas d’Ana, dont le mari et les parents ont refusé de comprendre le désarroi. Pourtant Martin Winckler rappelles que:

après un accouchement, c’est à la femme de dire si tout va bien, pas à l’obstétricien.

Marie-Hélène Lahaye, juriste et blogeuse, apporte un complément d’information sur son blog « Marie accouche là »:

En France, l’accouchement est un tabou. Les gens sont peu informés, c’est compliqué de critiquer la manière dont ça se passe (…) Personne ne se préoccupe de la souffrance des femmes, ni n’ose remettre la responsabilité des médecins en question.

Des médecins peu formés à l’écoute des patientes

La culpabilité du personnel est difficile à établir, et tous les établissements ne fonctionnent pas de la même manière. Mathilde Delespine est sage-femme. Elle s’implique depuis des années dans la prévention contre les violences faites aux femmes:

Dans l’une de mes structures, on préconise de considérer les femmes comme co-expertes de leur accouchement. Cela implique de ne pas prendre de décision à leur place, et qu’elles puissent agir de manière libre et éclairée.

…ce qui implique de bannir l’épisiotomie imposée. Le jour de l’accouchement d’Ana, une sage-femme s’est écroulée dans le couloir de l’hôpital, en larmes. Les conditions de travail sont extrêmement difficiles, témoigne Mathilde Delespine:

On est pressé comme des citrons, on a l’obligation d’enchaîner les accouchements. C’est difficile d’avoir de la patience et de l’empathie quand on court partout.

Une autre sage-femme, qui tient à rester anonyme, acquiesce:

Un jour, je me suis mise à hurler sur une patiente. Je n’avais pas dormi depuis deux jours, et il fallait se dépêcher car nous étions surbookés. J’ai dû arrêter de travailler à la suite de cet épisode, j’étais en burn-out.

Les gynécologues et les médecins, à l’inverse des sages-femmes, ne sont pas formés à l’écoute des patientes. Martin Winckler précise qu’il n’y a pas d’enseignement général à ces questions, en France. Ceux qui sont formés s’y sont formés de leur propre initiative. Les pratiques autoritaires sont aussi transmises par les médecins à leurs stagiaires. Ainsi, Mathilde Delespine raconte:

Quand j’étais en formation, on m’a dit : « Tu es trop gentille, tu dois être plus autoritaire ».

Mais peu à peu, les choses évoluent dans le bon sens. Comme dans les universités de Grenoble-Alpes et de Paris-Descartes par exemple, où les étudiants suivent désormais une formation à l’intitulé explicite : « prise en charge des maltraitances rencontrées en gynécologie obstétrique« .

L’argent qui manque ici est ailleurs

Le manque de moyens financiers, s’il n’explique pas tout, ni n’excuse personne, semble bien être à l’origine de ces situations de violences à peines croyables. L’argent qui manque dans les services obstétricales existe pourtant. L’impôt sur les grosses société qui n’est pas prélevé,  les dizaines de milliards d’euros de fraude fiscale « tolérées » par nos gouvernants, manquent cruellement.

Cette cruauté est évitable, pour ces mamans violentées et traumatisées, comme leur nouveau né accueilli au monde dans des conditions honteuses, dans un pays « développé » comme le notre. Pensez-y avant de glisser (ou pas) votre bulletin de vote dans l’urne la prochaine fois, personne ne peut dire « ce n’est pas de ma faute ». Rares sont ceux qui s’en préoccupent cependant, jusqu’au jour où dans leur entourage: un heureux événement est attendu…

A voir:

Source: francetvinfo.fr

Faites connaître cette situation inacceptable autour de vous. Plus encore, faites ce qui est en votre pouvoir de citoyen pour ne pas l’encourager davantage, malgré vous… Ne participez pas à remettre au pouvoir des gens insensibles à une situation, dont ils sont en grande partie responsable, de par leur inaction coupable : 

3 Commentaires

  1. Merci beaucoup pour cet article. En effet, il est temps de délier la parole et que nous nous ressaisissions de nos droits.
    Savez-vous que le 1er congrès international « Droits humains et Femmes enceintes, levons le tabou de la violence obstétricale » se déroulera les 26,27 et 28 novembre 2016 à Pau ? Plusieurs activistes de différents pays seront présents ces jours-là et les résultats d’une enquête faites sur les violences obstétricales en France seront divulgués à cette occasion.

  2. Merci vraiment pour cet article qui m’est d’un grand soulagement : je ne suis pas seule à avoir vécu l’horreur !!!
    Pourtant, je n’ai pas porté plainte non plus, le seul « réconfort » obtenu de la plupart de mes proches se bornant à « des millions de femmes qui ont accouché avant toi », « c’est toi qui voulait un enfant » ou « c’est le mal joli » qui m’ont conduite à me renfermer sur ma souffrance. Pendant des années et des années, la seule pensée d’avoir un autre enfant m’apparaissait sous la forme d’un gigantesque escalier vers l’enfer.
    Il m’a fallu près de 10 ans pour réussir à avoir mon deuxième enfant, j’étais devenu « stérile » !

  3. À la suite de cet accouchement cauchemardesque, une question qui n’est pas abordée dans votre article m’a longtemps taraudée : celle du ressenti des nouveaux-nés ? Avec mon fils, la question est toujours impossible à aborder. M’intéressant de très près aux thérapies énergétiques -je suis maintenant devenue praticienne-, je connais les « blocages » importants qui peuvent être occasionnés chez un enfant né dans ces circonstances. C’est une raison supplémentaire pour se battre contre cette nouvelle violence faite aux femmes et aux enfants.

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