La méditation à l’école pour favoriser l’apprentissage

étirements-classe-Josette-770x400Dans plusieurs pays, comme au Canada, la « pleine conscience » a franchi la grille des écoles. Relaxation et éducation scolaire se conjuguent au présent, mais pas en France car l’Éducation nationale fait de la résistance. Pourtant cette technique de méditation permet d’améliorer le bien-être et les performances scolaires des élèves. Un sujet qui reste à méditer chez nous car c’est l’EMC qui a fait sa rentrée scolaire 2015 en France : l’ enseignement de la morale et du civisme.

Depuis une dizaine d’années, les méthodes de méditation adaptée à l’enfant voient le jour. Parmi les plus célèbres : « L’attention, ça marche ! » de la Néerlandaise Eline Snel, « B » ou « Dot-be » du Britannique Chris Cullen et plus récemment, « Mindful Up » de la Française Jeanne Siaud-Facchin. Objectif : diminuer l’agitation psychique et émotionnelle afin de favoriser l’attention, l’écoute et l’apprentissage.

Directement inspirés du programme MBSR (réduction du stress par la pleine conscience) développé par l’américain Jon Kabat-Zinn, ces protocoles – plus ludiques – suscitent un réel intérêt aux États-Unis, au Canada ou encore dans les pays d’Europe du Nord, qui n’hésitent plus à les expérimenter en classe. Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement propose même depuis 2009 aux enseignants qui le souhaitent, de financer leur formation à la méthode d’Eline Snel.

Comment expliquer cet emballement ? Tentons de répondre à cette question en regardant ce qui se pratique au Canada.

L’exemple du Canada

Une journée dans la classe de Christopher Lee ne commence jamais sans un exercice de « respiration ». La tête posée sur leurs bras croisés sur le bureau, à côté des livres de maths, des élèves de septième année (l’équivalent du CM2) de l’école Renfrew de Vancouver (Canada) apprennent à respirer. Ou plutôt à s’écouter respirer, en silence ou, comme ce matin, sur l’Ave Maria chanté par Andrea Bocelli. L’exercice de relaxation est tiré du programme éducatif MindUp, pratiqué par plus d’un millier d’enseignants de la ville de l’Ouest canadien.

Appliquée depuis près de dix ans dans les écoles de Vancouver, cette pratique pédagogique s’inspire de la très tendance technique de « pleine conscience » (mindfulness), qui aide à combattre le stress ou la dépression en se recentrant sur l’instant présent. MindUp y ajoute des leçons d’empathie, de contrôle des émotions ou encore d’optimisme. Un cocktail de positivité appelé « apprentissages émotionnels et sociaux », qui a pour but d’améliorer le bien-être des élèves et, in fine, leur réussite scolaire.

Les incivilités en classe diminuent

Cette méthode vient d’acquérir ses lettres de noblesse avec la publication, fin janvier, d’une étude scientifique reconnaissant ses bienfaits. Pendant quatre mois, les équipes de Kimberly Schonert-Reichl, chercheuse en psychologie qui a contribué au développement du programme MindUp, ont comparé les résultats de deux échantillons d’élèves, l’un suivant ce programme et l’autre non. La conclusion est sans appel : avec ces exercices, les incivilités en classe diminuent, la sensation de bien-être des écoliers s’améliore tout comme leurs résultats en maths.

Meilleure concentration des élèves et ambiance favorable au travail

Patricia Morris, vingt-cinq ans d’enseignement dans le cartable, dont cinq avec ces outils pédagogiques, est une adepte. « Aujourd’hui, certains déclics dans l’apprentissage ont lieu beaucoup plus tôt dans l’année », constate-t-elle dans sa classe de maternelle, encore émue de « l’incroyable gentillesse » de ses jeunes élèves. « Soit les techniques de relaxation permettent de mieux se concentrer, soit c’est la bonne ambiance dans la classe qui crée un meilleur climat d’apprentissage », ajoute Kimberly Schonert-Reichl.

Ça a un effet d’égalisateur social

Outre ces exercices de relaxation, l’établissement propose une séance de tai-chi qui, en dix minutes d’un ballet de légers mouvements sur fond de musique asiatique, fait taire les piaillements matinaux au moment de regagner les classes. « ça a un effet d’égalisateur social », observe également Brian Wong, instigateur du projet : « Les enfants issus de milieux favorisés ont tendance à être déjà calmes, mais pas ceux des familles en difficulté, qui arrivent à l’école imprégnés du stress de la maison. » La tête rentrée dans les épaules, Callidora, 9 ans, chuchote à notre oreille combien le tai-chi lui fait du bien, elle qui arrive « toujours la dernière à l’école » le matin.

Le développement personnel et social de l’enfant est fondamental

La Colombie-Britannique, qui forme les enseignants volontaires au programme MindUp, a fait du développement personnel et social l’un des fondamentaux à acquérir au même titre que le lire-écrire-compter cher à l’éducation nationale en France. « Auparavant, les recruteurs recherchaient des têtes bien pleines ; aujourd’hui, ils veulent aussi des compétences humaines de contrôle de soi et de travail en équipe », observe Kimberly Schonert-Reichl. Et, dans une ville aussi multiculturelle que Vancouver, où l’anglais est une deuxième langue pour 25 % des élèves, l’enjeu est aussi de bâtir en classe les conditions d’un vivre-ensemble qui dépasse les murs de l’école.

La méditation entrera-t-elle dans les salles de classe françaises ?

Dans la série « j’ai un TGV de retard » : la France. Encore et toujours, notre pays est à la traîne. Alors que d’autres prennent des mesures sensées et bénéfiques pour leurs écoliers, la France a remis en place le « très actuel » enseignement de la morale et du civisme. Et pour la rentrée 2016, les élèves se verront « infliger » une dictée quotidienne obligatoire, encore une belle preuve de modernité.

Tout va bien donc, si le niveau en français est faible… il y a fort à parier qu’il le restera. Les enseignants auront beau rabâcher les règles d’orthographe chaque jour, si on ne considère pas l’enfant comme un être sensible, on ne sera pas en mesure de lui apporter ce dont il a besoin pour être disposé aux différents apprentissages.

Force est de constater qu’une fois de plus, les choix politiques ne servent pas l’individu.

Source :

Vous aimeriez voir cette expérience menée dans les écoles françaises ? Partagez cet article :

20 Commentaires

  1. Bonjour,

    Pour information. je forme et accompagne des enseignants depuis quatre ans à développer les pratiques de pleine conscience dans le cadre de leur enseignement. En vous rendant sur le blog : https:agepsraymondbarbry.wordpress.com/
    Vous aurez des informations sur ce qui est mené. Au plaisir d’échanger avec vous.

    • Merci pour cette info! A côté de chez moi aussi une instit utilise la pleine conscience, et il y en a bien plus qu’on ne le croit EN FRANCE.
      Il suffit peut-être d’ouvrir les yeux… (y)

  2. Bonjour,

    Je trouve que c’est une superbe initiative. Je souhaite participer pour que dans les écoles en Belgique ce soit aussi d’application. La méditation détendrait les enfants, leur permettrait mieux assimiler les cours, mais surtout de s’épanouir et d’ouvrir leur esprit. Une petite mise en alpha de 5 à 10 min avant chaque cours !

  3. Retour PingLa méditation à l'école po...

  4. Bonjour à vous,

    Voici un article très intéressant, merci.

    Je souhaite vous faire part de mon expérience actuelle. J’interviens dans le cadre des nouvelles restructurations engagé par une association en tant qu’intervenant extérieur.

    J’ai commencé d’enseigner la relaxation depuis la rentrée à des élèves entre 6 et 9ans en Côte d’Or près de Dijon. C’est une expérience très enrichissante relié au civisme pour un mieux-être collectif basé sur l’écoute mutuelle. ( écoute active, respect d’autrui et de soi-même, explication des règles, à quoi sert le cadre à l’école et dans la vie, accueillir des temps de repos pour se canaliser, comprendre ce que veut dire apprendre à se concentrer se centrer)

    Après la 3ème séance de cette semaine, la progression est très rapide. Le calme est quasi instantanée. C’est très positif!

    Ca fonctionne parce que je les considère un par un, parce que ce sont des êtres pur, humains avec un coeur, des émotions ayant chacun une histoire de vie.
    L’apprentissage des prénoms, très important.

    Je leur offre qui je suis, donc je leur pose un cadre rigoureux et assoupli à la fois (principe masculin et féminin en accord avec moi-même que je met en pratique).
    C’est à dire, donner avec force et douceur, donner avec discipline et souplesse dans mon attitude, ma manière d’etre et de faire.

    Le 1er jour:
    – découverte de Je suis en leur disant: le premier verbe que l’on vous apprend c’est quoi ? (participation, échange = happy!)
    – découverte de la symbolique du masculin et du féminin avec des exemples genre papa maman, un garçon une fille, garçon manqué fille manqué (leur faire prendre conscience de cela)
    – découverte des valeurs de civisme par l’écoute et le respect de chacun (prendre la parole en levant la main, écouter un camarade qui s’exprime, écouter les intervenant-animateurs extérieurs, les ATSEM, les professeurs, les parents, les personnes qu’ils connaissent et qui sont présent pour eux dans leur quotidien).
    Je pourrai rajouter la mise en garde de personne qui ne connaisse pas et dont il faut être vigilant. (je le ferrai la semaine prochaine dès demain, voilà l’idée vient de surgir)

    3eme semaine, nous en sommes arriver à:

    1er seance: Prendre conscience de sa respiration + utilisation d’un bol tibétain (ils adorent!)
    Allonger sur le dos (sur un tapis de relaxation, merci pour la rapidité de cette acquisition), les yeux fermés en imaginant un arc-en-ciel reliant leur coeur à celui de papa maman, frère ou soeur, animal de compagnie, ce qu’ils aiment, un endroit préféré ou ils se sentent bien …etc.
    Ma voix les guident pas à pas, ils se détendent, certains enfants se mettent en position du foetus c’est très beau!

    Je leur explique que je vais passer un à un vers eux et ce que je vais faire.
    Je passe un à un vers eux en posant une main sur le ventre et une main derrière la tête tout en adoptant la respiration synchronisé, guidé par ma voix.

    Exemple: Ecoutes-moi, je vais respirer avec toi, inspiiiiiiiir, expiiiiiiiir, apnée 2 à 3s…. etc … oui continue c’est bien, maintenant inspiiiiiir plus longtemps et de plus en plus doucement … etc (je les valorise et amplifie cela quand c’est juste et que c’est acquis).

    La main posé sur le ventre:
    – leur fait prendre conscience du mouvement de celui-ci et surtout quand c’est une inspiration très profonde que j’accompagne juste en ayant appui léger de celle-ci.
    La main posé derrière la tête:
    – ça les apaise, ça les rassure, juste par ma simple présence.
    La respiration synchronisé:
    – permet d’être relier à l’enfant en l’accompagnant, ici et main-tenant.

    2eme étape: Pratique de posture de Yoga (salutation au soleil sans donner le mot indien pour éviter toute forme de dérives à caractère sectaire ou religieuse)

    Apprentissage des postures avec explication et mise en pratique que je leur montre accompagné de la respiration consciente apprise en 1ere étape (inspir, expir, rétention, …. etc).

    3ème étape: Posture du lotus genre méditation.
    Dans le silence, il pose une main sur leur ventre (pour qu’il ressente le va et vient de la respiration + connexion avec le corps). L’autre paume tourné vers le ciel.

    4ème étape: Pratique du bol tibétain.
    Chacun leur tour, il découvre son utilisation et comment ça marche pour faire surgir ce son aigu. Ils sont tout simplement heureux et émerveillé pour certain d’y arriver, tout simplement.

    5eme étape: Posture Libre.
    Le cadre s’assouplit et on retourne vers une spontanéité de chacun.
    Ca leur fait du bien et permet qu’ils se relachent.

    6ème étape: Rangement collectif des tapis

    Les enfants, ça bouge, ça gigote encore pour certain et c’est normal.
    Je laisse faire mais sans laisser déborder les choses.
    Je recadre avec gentillesse tout en ayant une attitude sérieuse (ici toujours la symbolique masculin/féminin réunis)

    Je suis à leur écoute de leur besoin et de leur partage verbaux en permanence quand c’est le moment:
    – besoin d’un mouchoir, un besoin naturel, un verre d’eau,
    – est ce que je fais bien ? (ils cherchent la validation que je donne quand c’est ok) = valorisation
    – désamorcer les attitudes perturbatrices (tu es grand alors montre-moi que tu l’es!)
    – avertissement avant toute sanction ou punition. Ici la punition sera, placé l’enfant vers moi assis sur une chaise pour qu’il réfléchisse à la suite des choses et à son comportement.

    Si vous avez des idées à partager, merci.
    Ici, j’offre la meilleure version de moi-même vers plus de paix et de calme intérieur en lien avec cette nouvelle expérience, ces nouvelles et prestigieuses responsabilités humaines.

    Sebastien

  5. Nous avons quelques écoles Steiner (entre autres) en France, réservées à l élite. Je connais des professeurs qui prennent les choses en main pour faire bouger l éducation, car la manière dont ils doivent enseigner ne leur convient pas. Ils se forment eux mêmes à des techniques pour mieux transmettre, mais gros bémol aucune aide de l état pour les y aider. Quelqu’un voit il la problématique ? De plus en plus de personnes se mobilisent pour favoriser une éducation plus adaptée, des prises de consciences nécessaires dans notre pays à la traine de ce coté là.

    • Les écoles Steiner ne sont pas réservées à l’élite, les écoles alternatives ne le sont pas. Mes enfants y sont allées et j’étais au rmi, c’est une question d’investissement, quand on a plus de temps parce qu’on a pas d’emploi, on échange en investissement temps plutôt qu’en argent. Toutes les écoles alternatives ont besoin de bénévoles. C’est comme cela qu’on construit une nouvelle société, en imaginant sans compter sur ceux qui n’ont pas intérêt que cela change.

      • Fabrice Renault

        excellent ! Bravo Céline, vous nous prouvez que nous sommes tous « riches de 24 heures » par jours 🙂

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  8. Très belle initiative qui devrait être la norme afin que les enfants puissent mieux comprendre le monde et davantage apprécier l’école !
    C’est une prise de conscience de son propre bien-être !

    • Qui sait ? Quand le bien-être de l’enfant sera enfin considéré comme il le devrait, peut-être ou… peut-être jamais. L’éducation nationale est au service de la République, pas au service de l’enfant. Elle vise à créer des travailleurs productifs qui acceptent de s’asseoir sur leurs droits. La méditation à l’école paraît bien loin d’entrer dans les petits papiers de nos décideurs.

      • UneProfParmiDautres

        Fabrice, l’enseignant doit effectivement respecter un programme mais il est libre d’enseigner comme il le souhaite. S’il veut faire méditer des élèves, rien ne l en empêche : ni les collègues réfractaires, ni les parents, ni les décideurs. Seulement chacun fait comme il le peut dans son travail, avec ses propres moyens, ses propres convictions. Il n’est d’aucun intérêt me semble-t-il de critiquer notre pays, nos décideurs, nos fonctionnaires car même si nous sommes loin du paradis, nous ne sommes pas pour autant mal lôtis.

        • Fabrice Renault

          J’entends ce que vous dites, chère lectrice, mais nos enfants choisissent-ils leurs profs ? Non. Ils sont « condamnés » à recevoir un enseignement avec une pédagogie donnée, celle que le professeur aura choisit. C’est donc « au petit bonheur la chance » pour chaque élève. Faut-il l’accepter et ne pas critiquer ce système en place? Mon choix est de ne pas accepter et de le faire savoir. La critique, quand elle dérange, commence à porter ses fruits. Encore merci pour votre intervention.

  9. Jourdain Claude-Alain

    Bonjour, je trouve ces « expériences » très réjouissantes en vue d’une véritable réforme de l’éducation de nos enfants. Je souhaiterais participer à ce mouvement. Connaissez-vous des méthodes, des progressions, pour mettre en place de telles pratiques.
    Meilleures salutations à toutes et tous !

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