Mon enfant mord, que veut-il me dire ?

Quand un enfant mord souvent, c’est inquiétant pour les parents. Inversement, constater des traces de morsures sur le bras de son bébé est pour le moins désagréable. Dans de telles situations, que faut-il faire ? Un enfant qui mord doit-il être considéré comme agressif ou mal élevé ? Voici quelques repères qui s’imposent pour qui veut comprendre le langage de la morsure…

enfant mord

Mon enfant mord, que veut-il me dire ?


écrit par Agnès Emma du blog “L’architecte  du couple durable

inspiré du livre Comprendre et guider le jeune enfant à la maison et à la garderie, de Sylvie Bourcier, consultante diplômée en petite enfance.


Tout enfant mord, plus ou moins fort. Et, un jour où l’autre, tout enfant se fait mordre par un autre. Il y a celui qui mord ses proches à la maison. Et puis, à la garderie ou à l’école, il y a cet « enfant crocodile » qui laisse ses empreintes de dents sur notre bébé.

Pas de panique. Inutile de vous rendre chez un pédopsychiatre pour trois traces de dents sur un avant-bras. En fonction de son stade de développement : un enfant qui mord le fait pour plusieurs raisons.

Vous allez constater que ces raisons sont bien plus attendrissantes qu’elles ne sont alarmantes. Après cette lecture, le « petit crocodile » n’aura plus de secret pour ses parents.

Mon enfant mord : les 6 raisons qui le poussent à agir ainsi

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1. La phase orale du développement de l’enfant, de 0 à 18 mois

Durant cette période, le nourrisson a simplement soif de découvertes. Il est normal qu’il cherche le contact avec la peau d’un autre enfant. Sa bouche lui sert à explorer le monde qui l’ entoure, elle est la partie la plus sensible du toucher.

La phase orale du développement de l’enfant correspond à la phase de découvertes par l’intermédiaire de la bouche.

N’oublions pas que c’est d’abord par la bouche que l’enfant entre en contact avec le monde extra utérin. Il prend le sein ou le biberon pour s’alimenter. Il découvre donc ses premières textures, les premiers goûts grâce à sa bouche. Ainsi, il prend les informations de cet environnement aussi nouveau qu’étrange.

Finalement : tout ce qui est à proximité de bébé est victime de sa bouche. Autant les jeux que les personnes de son entourage. D’ailleurs, pour la défense de bébé, il resserre sur notre peau ses gencives bien avant ses premières dents. Son intention n’est donc pas de mordre pour faire mal, mais bien de découvrir.

Le goût de la transpiration d’un bras peut intriguer le nourrisson. Naturellement pour goûter, l’enfant peut serrer les gencives et les dents sur notre bras, comme sur celui d’un autre bébé.

Astuce : Pour combler un bébé « affamé de découvertes », mettons à sa disposition des jouets avec différentes textures et sonorités.

2. La poussée dentaire, de 8 mois à 3 ans

Un mal pour un bien

enfant mordDepuis fort longtemps, nous avons oublié combien la poussée dentaire est douloureuse. Mais c’est un vrai calvaire pour bébé. Ses dents transpercent ses gencives. Les nerfs de bébé sont mis à l’épreuve. Pour se soulager, bébé masse ses gencives en les frottant et en les resserrant sur le premier objet venu.

S’il n’y a rien d’autre à se mettre sous la dent : « cet objet » pour le soulager peut être le parent ou le copain situé à proximité.

Heureusement pour bébé : la nature fait bien les choses, les vingt dents ne poussent pas tout en même temps. Généralement, la poussée dentaire s’étire du huitième mois à trois ans.

Malheureusement pour la victime : pendant que bébé se fait du bien sur son bras, ses dents existantes s’enfoncent dans la peau. De 0 à 3 ans, l’entourage peut donc être victime de morsures de bébé. En sachant que son but est de se soulager, il est plus facile de prendre cela avec légèreté.

La solution : Pour minimiser les morsures liées à la poussée dentaire, proposez à bébé autre chose qu’un bras à se mettre sous la dent. L’enfant doit avoir à disposition des jeux conçus pour se défouler et soulager ses gencives douloureuses. Surtout pas de sucre que l’on frotte sur les gencives, même si ce truc de grand-mère est encore pratiqué. Il est douloureux et peux blesser, il faut lui préférer les anneaux de dentition réfrigérés, plus efficaces et non agressif.

3. Mordre pour dire « je t’aime »

enfant mordVous l’aurez probablement remarqué : l’enfant est une éponge. Il observe et reproduit.

C’est assez comique, mais un enfant qui mord prend modèle sur ses parents ou sur les couples de son entourage. Quand maman pose sa bouche sur celle de papa, bébé comprend que c’est un signe d’attachement.

Un enfant qui mord peut donc tout simplement avoir assimilé sa première équation :

Le contact de la bouche avec un autre veut dire je t’aime.

Du baiser à la morsure, il n’y a qu’un pas. L’enfant démontre son affection donc, mais de façon maladroite, voire douloureuse. Son intention est attendrissante, même si bébé n’est pas forcément très délicat. Mais, à cet âge, la délicatesse et la précision ne sont pas ses points forts. Bonne nouvelle cependant… ça viendra!

Astuce : Pour un je t’aime en douceur, Sylvie Boursier propose aux parents de faire la démonstration d’un doux baiser à l’enfant. Ensuite, invitez-le à reproduire votre geste. D’autre part : dites-lui combien un coup de dent fait mal. Quand il y est sensibilisé, l’enfant se prête au jeu de la tendresse.

4. Mordre pour s’affirmer

Quand un coup de dent veut dire « c’est mon jouet » !

À partir de 18 mois, un enfant qui mord le fait surtout pour s’affirmer. En fait, selon Sylvie Bourcier, c’est à 18 mois que débute le processus de socialisation. Bébé va davantage vers les autres. De plus, les occasions de rencontre se multiplient. À la garderie, chaque enfant apprend les joies et les difficultés à composer avec d’autres enfants. En fait, le contact avec les autres suscite en l’enfant une flopée d’émotions, de la contrariété à l’amitié. Le désir d’affirmation se développe.

Imaginez, en tant qu’adultes, nous savons à quel point vivre avec les autres n’est pas évident. Bébé doit lui aussi apprendre à vivre avec les autres. Quand un camarade jette son dévolu sur son jouet préféré, l’enfant est frustré. En fait, il défend son territoire. Submergé par l’émotion, l’enfant communique son ressenti… en mordant.

C’est l’émotion qui pousse à mordre.

Et c’est normal. Un bébé exprime ses émotions par une communication non verbale depuis sa naissance :

L’enfant mord parce qu’il n’a pas d’autres moyens pour communiquer ou parce qu’il ne sait pas comment communiquer autrement.

Un enfant qui mord est un enfant qui s’affirme. Ses parents peuvent en être fiers. La société toute entière doit en être fière. Un enfant qui a de l’estime de soi devient un adulte heureux, bref, un citoyen équilibré et épanoui. On a donc tous à y gagner à préserver l’estime de soi des enfants.

La réponse : Le rôle des parents, de l’éducateur est donc d’apprendre à l’enfant à opter pour la communication verbale pour que son besoin soi entendu et compris… en douceur. Cet apprentissage prendra plus ou moins de temps, notamment si bébé a décidé de se concentrer sur l’apprentissage de la marche. C’est finalement avec l’acquisition de la parole que la dentition de votre enfant s’en tiendra à son rôle principal : manger.

5. Mordre pour exprimer son impatience

Les enfants qui sont dans l’attente sont susceptibles de mordre. En fait, le sentiment de passivité imposé, ou l’ennui, exercent une tension chez l’enfant. L’enfant exprime son inconfort en mordant.

Ainsi, les enfants qui attendent en groupe peuvent venir à se mordre les uns les autres. Mais il existe bien d’autres formes d’impatience, par exemple :

  • Tenir une délicieuse glace à distance en imposant à l’enfant un rythme pour la manger : c’est risquer de se faire mordre.
  • Un enfant qui n’obtient pas la coopération de son camarade peut mordre pour attirer son attention : si on ne lui rend pas sa figurine de super héros assez vite, il risque de mordre son camarade de jeu d’impatience, ce qui veut simplement dire : « hé ho ! tu me rends mon jouet ? »

La solution :  pour prévenir ces morsures, quand les enfants attendent faites en sorte qu’ils ne s’ennuient pas.

6. Mordre pour dire « à la maison, ça ne va pas »

Les morsures peuvent aussi révéler un état de stresse chez l’ enfant.

En tant que parents, interrogeons-nous : notre environnement familial est-il stressant ? Sylvie Bourcier explique que la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, un déménagement, une hospitalisation ou des tensions conjugales sont autant de sources de stress possibles chez l’enfant.

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On a tendance à croire qu’il est trop petit pour comprendre ce qui se passe à la maison. Puisqu’il ne parle pas, il ne peut donc pas nous comprendre et être affecté par ce qui se passe. En fait, malgré nos efforts de discrétion, lors d’une tension conjugale par exemple, notre communication non verbale nous trahit, car c’est justement la forme de communication que comprend le mieux le jeune enfant…

N’oublions pas que notre plus grand spectateur reste bébé. Il nous regarde toujours d’un coin de l’œil. L’enfant ressent et absorbe la tension qui émane de l’ambiance familiale. Un enfant est donc toujours affecté un minimum, par toute source de stress quelle qu’elle soit. Une manière pour lui de gérer son malaise consiste à mordre pour évacuer la tension.

Pour minimiser les morsures liées au stress : Il faut montrer toute l’attention nécessaire à un enfant pour qu’il se sente compris. Ne le négligeons pas lors d’un évènement susceptible de le bouleverser : parlons-lui de ce qu’il ressent. Même si votre enfant vous parle dans une langue que seul un autre bébé peut comprendre, écoutez-le. Tentez de comprendre ce que votre enfant ressent : cela le réconfortera et diminuera ses peurs et donc, les morsures.

Mon enfant mord : 3 erreurs à éviter pour les parents

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1. Étiqueter l’enfant qui mord comme « enfant agressif »

Quand un enfant mord souvent, il est impératif de ne pas lui coller cette étiquette d’enfant agressif. Car sans qu’il soit nécessaire d’aller jusqu’au « vilain petit canard », toute image négative de l’enfant véhiculée (même inconsciemment) par ses parents a une incidence négative pour son développement.

En effet, l’enfant place dans ses parents une confiance aveugle. Il croit tout ce qu’ils disent et, finalement : il continuera à mordre pour satisfaire l’idée qu’on se fait de lui.

2. Se défouler sur les parents d’un enfant qui mord

On veut tous protéger nos enfants. Mais souvent, après constatation d’une morsure, on se plaint en notre propre nom et non pas en celui notre enfant. C’est la peur que notre enfant se sente rejeté, mal aimé qui nous pousse davantage à nous plaindre. Une réaction typique du genre « celui qui ose faire pleurer mon bébé aura affaire à moi » est souvent lancée sous l’effet de la colère.

Il faut savoir que l’enfant, lui ne rumine pas longtemps. Ce qui vaut aussi pour une morsure. Il va mal vivre la chose dans l’instant, avant de l’oublier la minute suivante. Les enfants savent très bien faire la paix et ne sont pas rancuniers de nature. Ne serait-il pas absurde, et même paradoxal pour nous adultes, d’entrer en rivalité avec les parents d’un enfant à qui le notre a déjà pardonné depuis belle lurette ? En terme d’exemplarité, avouez qu’on peut faire mieux.

3. Encourager la rivalité

L’adulte sert de modèle. L’enfant apprend des plus grands l’art de la vengeance, de la méprise et de la rivalité. Et si à la place, on accompagnait nos enfants vers toujours plus de tolérance et de compréhension ? Le blog de Camille et d’Oliver est un bel outil pour sensibiliser sur ces sujets.

Il faut considérez toutefois que finalement, mordre est un moyen d’exploration et d’expression. L’enfant qui mord le fait aussi pour soulager ses gencives lors de la poussée dentaire. En être conscients nous invite à être plus patients et tolérants envers nos « petits crocodiles ».

Que faut-il retenir ?

Pour éviter autant que possible les morsures, notre rôle en tant que parents et intervenants est d’apprendre à l’enfant à exprimer ses émotions et ses besoins avec des mots.

Apprendre à l’enfant à utiliser un jouet plutôt que le bras de son camarade pour se soulager fait aussi partie de nos nombreuses tâches d’éducateurs. Mais quand bien même, avec toutes les précautions bienveillantes que l’on peut mettre en oeuvre : les morsures existeront toujours. La bouche pour manger, parler, embrasser ou mordre ne fait que remplir le rôle que la nature lui à attribué… que voulez-vous changer à cela ?

Au delà, les différentes approches et conseils développés ici peuvent aider à contenir le nombre les passages à l’acte, ou éviter que la morsure ne deviennent un mode de communication exclusif. Si malgré tout, le cas se présentait ; ne vous « cassez pas les dents » sur la question seul dans votre coin, demandez conseils.

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