Patrimoine mondial de l’humanité : 1 site sur 2 est menacé par l’industrie

Grands lacs africains, forêts primaires, récifs de corail, sanctuaire népalais des derniers tigres sauvages : les trésors naturels de la planète sont en danger. L’Unesco a inscrit sur sa liste du Patrimoine mondial de l’humanité 229 de ces sites précieux disséminés dans une centaine de pays : 32 pour leur richesse naturelle et culturelle, 197 uniquement pour la beauté de leur paysage et la qualité de leurs écosystèmes. Si chacun de ces lieux présente une «valeur universelle exceptionnelle», cela ne suffit pas à leur garantir leur protection.

© Michael Poliza/WWF
Patrimoine mondial de l'humanité

Vue aérienne de la rivière Rufiji -TANZANIE, partie du plus grand réseau fluvial d’Afrique orientale.

Patrimoine mondial de l’humanité : 1 site sur 2 est menacé par l’industrie

Dans un rapport publié mercredi 6 avril, le WWF pousse un cri d’alarme. Selon l’ONG, 114 emblèmes de la biodiversité sur 229 sites classés au total, sont aujourd’hui soumis à des menaces émanant essentiellement de l’industrie. Les responsables identifiés:

  • les activités pétrolières
  • les activités gazières
  • l’extraction minière
  • l’exploitation forestière illégale
  • les constructions de grandes infrastructures
  • la surpêche
  • la consommation excessive des ressources en eau

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Pascal Canfin, le directeur du Fonds mondial pour la nature (WWF) France, affirme que:

Si nous ne parvenons même pas à prendre soin des plus beaux endroits de la planète, si nous ne sommes même pas capables de freiner notre boulimie de pétrole, de gaz, de charbon, de pêche pour préserver ces “joyaux de la couronne” qui représentent à peine 0,5% des terres émergées, alors nous ne serons en mesure de le faire nulle part!

Les sites les plus exposés correspondent en bonne partie à ceux que l’Unesco a déjà épinglés dans sa liste du Patrimoine mondial en péril, mais pas uniquement.

La « bonne » nouvelle, c’est qu’il n’est pas trop tard pour redresser la barre en plusieurs endroits. C’est le cas du parc national Doñana en Andalousie menacé par la réouverture d’une mine.

Mais, c’est en revanche irréparable ailleurs, comme pour ce grand complexe forestier de Thaïlande coupé net par une infrastructure routière qui fragmente l’habitat de la faune.

carte sites menacés

Une vision à court terme

L’Unesco, qui a été prévenue de cette campagne, n’a pas la même latitude pour mettre les Etats devant leurs responsabilités. Il arrive qu’elle tache de rappeler à l’ordre un gouvernement, comme cela a été le cas ces derniers mois vis-à-vis de l’Australie où l’état de la Grande Barrière de corail se détériore à grande vitesse. Mais il est difficile du point de vue diplomatique de prendre de front tous les pays coupables de laxisme vis-à-vis de leur patrimoine exceptionnel. Ce sont eux qui demandent le classement d’une de leurs réserves naturelles, d’une région remarquable. C’est ensuite que la situation se détériore. Un grand barrage hydroélectrique par-ci, un permis de bétonner par-là: au nom de la logique économique, c’est une vision de court terme qui s’impose

Pourtant, pour Marco Lambertini, directeur général du WWF International :

la protection des aires naturelles et des écosystèmes ne fait pas obstacle au développement, elle va dans le sens d’un développement soutenable et robuste qui profite sur le long terme à la nature et à l’homme et contribue à la fois à la stabilité sociale, la croissance économique et le bien-être de chacun .

Or, actuellement, près d’un site classé sur cinq accueille dans son périmètre une concession d’hydrocarbure, malgré l’engagement pris à partir de 2003 par certaines grandes compagnies minières et pétrolières (notamment Shell, Total, Tullow) de s’abstenir d’y mener leurs activités. Un cinquième des lieux classés en milieu marin, pâtissent de la surpêche. Dans la région des Caraïbes notamment, le déclin des poissons herbivores conduit à l’effondrement prévisible des récifs coralliens, progressivement recouverts d’algues.

Les populations pauvres directement impactées

L’Afrique subsaharienne souffre de la situation la plus critique : sur quarante aires classées, trente sont confrontées à un ou plusieurs de ces fléaux environnementaux, ce qui peut avoir un impact direct sur les moyens d’existence de 1,8 million de personnes. Le tableau est le même dans au moins 54 % des cas en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Pourtant, lorsqu’elles sont vastes et en bon état, les aires naturelles permettent de consolider la sécurité alimentaire des communautés locales, elles contribuent à réduire la pauvreté, à lutter contre le changement climatique et à atténuer les effets des catastrophes naturelles. L’ONG cite à l’appui trois sites qui ont su améliorer les conditions de vie de leurs habitants, en cessant de pêcher à la dynamite et au cyanure, notamment aux Philippines.

La solution : « redistribuer les richesses et impliquer les populations locales »

Cette solution avancée, ressemble bien plus comme un doux rêve qu’à la réalité. Pourtant plus de 11 millions de personnes dépendent des sites classés pour subvenir à leurs besoins, se soigner ou travailler.

Le WWF suggère d’impliquer les populations alentour et de redistribuer les retombées du tourisme haut de gamme, une solution qui paraît si simple… Mais si on se plait à rêver de ce monde juste et respectueux qui gommerait tant de calamités de la surface du globe, on se complet à vivre dans la consommation abondante que nous apporte la surexploitation des ressources de la planète.

Ainsi, sur l’île indonésienne de Sumatra, les trois parcs nationaux composés de forêts humides dont dépendent plusieurs millions de personnes pour l’approvisionnement en eau, sont menacés à la fois par le prélèvement excessif du bois, par des routes, des voies ferrées, sans compter vingt-sept concessions minières, trois pétrolières et gazières… Un exemple criant, qui montre combien les retombées économiques priment sur toute autre considération.

Source : wwf.fr

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