Pierre Rabhi veut donner la parole à ceux qui créent le changement

Ce monsieur Rabhi, sage paysan aux 77 printemps, n’a de cesse d’œuvrer pour responsabiliser l’humanité qui exploite la planète sans vergogne. Ses paroles sensées et pesées retiennent l’attention d’un nombre croissant de convaincus par des dangers encourus par l’humanité, si la course à la croissance infinie perdure. Il annonce un forum citoyen comme « un inventaire dynamique des alternatives » pour montrer aux politiques ce que font les citoyens.

pierre rabhi

Pierre Rabhi veut donner la parole à ceux qui créent le changement

Pierre Rabhi, promeut l’agroécologie et notamment la pluriculture, le compostage ainsi que la recherche de complémentarité entre espèces. Il cherche à intégrer l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé tels qu’une meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, la réintroduction des haies, le reboisement et la biodiversité.

Il avait reçu chez lui, dans le petit village ardéchois qu’il habite, un journaliste du monde.fr pour lui faire part de ses désillusions et annoncer la création d’un forum destiner à monter quelles sont les alternatives viables, que des citoyens mettent en place.

Mi-octobre, l’ONU et le ministre français de l’agriculture ont déclaré que la sécurité alimentaire devait jouer un « rôle central » dans les discussions internationales

pierre rabhiLa problématique de l’alimentation est majeure et n’est pas, en effet, traitée comme il se doit. Au Nord, l’alimentation est de plus en plus frelatée, la façon de la produire est destructrice de sols et d’environnement ; au Sud, les peuples souffrent de pénurie chronique.

Il faut donc une remise en question complète de notre modèle. Vont-ils l’aborder sous ce prisme ?

L’agroécologie est davantage présente dans les discours et même incluse dans la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, adoptée en France. Mais au lieu de vous réjouir, vous craignez, dans votre dernier livre, qu’elle soit récupérée, dévoyée…

Cela fait des années que nous travaillons avec Terre et Humanisme [association créée par Pierre Rabhi il y a vingt et un ans] pour diffuser l’agroécologie, dont on parle maintenant comme étant la meilleure façon de produire. En 1981, lors de notre expérience au Burkina Faso, nous montrions déjà que cette approche était la solution pour des paysans qui avaient appauvri leur sol en utilisant des engrais chimiques et opté pour la monoculture pour se plier aux lois de la mondialisation. Grâce à l’agroécologie, ils ont pu retrouver leur autonomie alimentaire. Alors évidemment, je me réjouis de cette reconnaissance. Mais, dans le même temps, quand je vois des multinationales, des groupes agroalimentaires se référer à l’agroécologie, oui je m’interroge. L’agroécologie, ne se résume pas à des techniques, mais répond à une éthique de vie qui consiste à préserver la terre en tant que patrimoine. Un parallèle peut être fait avec l’engouement actuel pour le bio.

C’est-à-dire ?

Le bio, c’est très bien, mais on peut manger bio et… exploiter son prochain, ce n’est malheureusement pas incompatible.

Ce que je veux dire, c’est que tous les beaux mots, bio, COP21… tout cela ne sert à rien si nous ne travaillons pas à une alternative, si l’humain n’entreprend pas un travail d’introspection, car le problème est en nous.

Il faut évoluer, quitter le culte d’une croissance indéfinie, du toujours plus, de cette accumulation de biens, qui ferait prétendument notre bonheur. La consommation d’anxiolytiques et les inégalités sans cesse croissantes démontrent le contraire. Il faut s’engager dans la puissance de la modération, de la sobriété.

N’est-ce pas illusoire de penser que l’agriculture conventionnelle puisse effectuer un virage à 180 degrés et changer de modèle ?

pierre rabhiIl ne faut pas partir vaincu, même si ce sera évidemment très difficile. Le monde de l’agriculture porte un contentieux séculaire. Le paysan a de tout temps été le « pauvre type ». La civilisation moderne l’a affublé de tous les qualificatifs négatifs.

Puis un beau jour on lui a dit : « Paysan, tu vas devenir moderne, tu vas avoir des machines, tu ne seras plus un plouc mais un exploitant agricole. » On leur a fait miroiter un changement de statut et ils se sont fait piéger.

Aujourd’hui, ils alimentent tout le monde – les banques avec leurs emprunts, les industriels avec l’achat du matériel et des produits chimiques – tout en s’appauvrissant eux-mêmes. Plutôt que de dire je suis paysan et j’en suis fier, au lieu de donner toute sa beauté à l’agriculture, la modernité les a humiliés, en a fait des martyrs. Il faudra une profonde et difficile remise en question du monde paysan pour parvenir à faire machine arrière.

D’un autre côté, il existe aussi une montée de l’engagement citoyen, un foisonnement de projets, agricoles ou non, qui se développent dans les territoires. C’est plutôt porteur d’espoir…

La société civile est en train de se forger un nouvel imaginaire face à un système à bout de souffle, dont le déclin se traduit par la montée du chômage, de la pauvreté et de nombreux déséquilibres. Comme ce système n’est plus rassurant, les citoyens cherchent des alternatives. Les innovations sociales qui se multiplient sur les territoires, dans l’écologie, les énergies renouvelables, l’éducation… sont autant d’expérimentations qui vont assurer le futur. Si nous avions des politiques intelligents, ils appuieraient ces initiatives qui émanent de la société civile. Au lieu de cela, ils s’acharnent à faire tenir coûte que coûte un modèle moribond, car ils n’arrivent pas à se détacher de leur précepte fondamental qui est la croissance économique à tout prix.

Encore faut-il mettre en musique ces expérimentations pour leur donner de l’ampleur…

C’est pourquoi, à notre échelle, nous envisageons de lancer une plate-forme citoyenne, un forum civique qui révélera tout ce qu’entreprend la société civile. Un inventaire dynamique des alternatives, en quelque sorte, qui permettra, quelques mois avant les échéances de 2017, de montrer aux politiques ce que font les citoyens.

Source : lemonde.fr

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10 Commentaires

  1. entièrement d’accord ! j’ai 69 ans et depuis toujours ai cultivé sain; un passage au chômage et au RMI m’ont fait réaliser qu’on pouvait se passer de beaucoup de choses inutiles (par la force des choses j’en conviens cela n’a pas été facile tous les jours !)je suis retraitée et continue en « modeste « .un meilleur partage des richesses s’impose ; avec une petite retraite acheter le bois pour l’hiver est impossible ! dois-je aller m’installer au Maroc pour ne pas avoir froid ?Françoise

  2. Yvan Cordier-Duperray

    Merci pour cette interview. Toujours très juste Pierre Rabhi.
    Par contre, ceux qui ont créé la vidéo sur la COP 21 ont fait une grosse erreur sur le pH de l’eau de mer …
    un pH est acide s’il est inférieur à 7.
    Dans le cas contraire le pH est basique.
    Alors quel crédit accorder au reste de la présentation si on fait des erreurs aussi basiques ? C’est du niveau collège le pH …
    c’est dommage.
    Après si un pH est déséquilibré soit trop acide soit trop basique c’est mauvais pour l’environnement très clairement.
    Bonne journée

    • ou est le problème ? si le PH est moins basique (8,1=>7,8) ça veut qu’il est plus acide même ci celui ci reste basique parce que compris entre 14 et 7. Il n’y a pas d’erreur 🙂

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  8. A juste titre, le changement c’est maintenant! Nous le ressentons pour beaucoup via de nouvelles méthodes de consommation, de partage, l’Economie sociale et solidaire fleurie partout… Adhérente, oui, naturellement oui!

  9. BOUFAIDA ABDELOIHED

    VU LES CONDITIONS CLIMATOLOGIQUES MAUVAISES QUE CONNAIT LA PLANETE-MANQUE D’EAU SECHRESEE-DEGRADATION DES RESSOURCES NATURELLES EL EST PRIMORDIAL DE FAIRE UN CHANGEMENT POUR SAUVGARDER LA BIODIVIRSITE DONC SOYONS ATTENTIF AL’HOMME A LA TERRE A L’ EVIRONNEMENT

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