« Café suspendu » la générosité au quotidien pour une consommation solidaire

Un « café suspendu » ou une « baguette en attente » sont des gestes de générosité faits au quotidien dans plus de 140 villes à travers le monde. Cette coutume venue d’Italie s’est répandue bien au-delà de ses frontières, pour créer et promouvoir une forme de consommation plus solidaire. Ainsi, chaque jour, des milliers de personnes démunies peuvent consommer, échanger, discuter et rompre avec l’isolement tout simplement.

café suspendu « Café suspendu » et « baguette en attente » : des actes de générosité au quotidien pour une consommation solidaire

Au départ, tout commence avec cette formule surprenante qui fait la part belle au partage et au vivre ensemble : – Un café « suspendu », s’il vous plaît ! Vous payez ainsi deux cafés mais n’en consommez qu’un seul : un pour vous et un autre pour un client démuni qui en fera la demande.

Les consommations « suspendues » ou « en attente » permettent de faire preuve de solidarité au quotidien. Chacun de ces petits gestes de générosité est destiné à un client modeste, ayant peu ou pas de ressources.

En pratique, les établissements intermédiaires de cette générosité, affichent le nombre de cafés « suspendus » près du comptoir ou sur la porte, pour informer les potentiels donateurs et les bénéficiaires.

café susoendu

Le « café suspendu » : une vieille tradition napolitaine

Cette coutume nous vient de Naples, où le « caffè sospeso » est une institution depuis environ un siècle. L’histoire raconte qu’un homme est entré dans son café habituel pour prendre son petit noir à emporter. Après avoir payé et être sorti de l’établissement, il est revenu en arrière et a demandé un autre café pour “le monsieur dehors, qui fait la manche à l’entrée”. C’est ainsi que le « café suspendu » serait né.

Un acte de solidarité local qui devient universel

Depuis, c’est un véritable élan de générosité qui prend de l’ampleur et traverse les frontières. Désormais il est présent partout en Europe, jusqu’au Canada et en Amérique du Sud. Cet acte de solidarité s’est rapidement répandu dans près de 140 villes du monde entier.

En France, c’est le mouvement des Indignés qui fait connaître cette tradition en postant un message sur les réseaux sociaux. Immédiatement, l’idée a séduit et cette coutume solidaire s’est propagée par Internet et le bouche-à-oreille.

C’est un mouvement citoyen local qui s’organise dans chaque pays. L’idée est de recréer du lien social, d’apporter du réconfort et de permettre à des personnes, qui sont souvent isolées, de se retrouver parmi les autres, de partager un moment, une parole.

Une source d’inspiration pour de nouveaux modes de consommation solidaires

Le principe du café « suspendu » s’est également étendu à d’autres commerces. Depuis, il y a les repas suspendus, les baguettes en attente, les coiffeurs suspendus ou encore les livres en attente, et même les pizzas, les soupes, les billets de spectacles, etc.

Quelques exemples de dons « en attente »

La baguette de pain

À Saint-Malo, dans la boulangerie Picquart, on peut lire sur une petite ardoise :

« Vous avez déjà offert 266 baguettes, merci.»

Jean-Manuel Prime, initiateur du réseau des baguettes « en attente » affirme qu’il existe « près de 150 boulangeries qui jouent le jeu dans toute la France »

 

La barquette de frites

La friterie « Le Duo » à Arlon, en Belgique, est la première à participer à cette action. « Les gens viennent ils laissent un euro, deux euros, ce qu’ils veulent. À l’avenir il y aura un macaron sur la porte, et les SDF qui le souhaitent pourront entrer et manger, s’il y a assez d’argent dans la caisse. » explique la propriétaire Berthe Fauconnier.

La soupe

À Dijon, le restaurant LuLu Graine d’un monde, fait de même mais avec de la soupe. Les clients peuvent, s’ils le souhaitent, donner 2 euros en plus de leur addition. « Un bâton est inscrit sur une ardoise, un bâton pour une soupe offerte. Les personnes qui sont dans le besoin (SDF, personne seule, âgée, démunie… ) peuvent ensuite venir et en profiter gratuitement. » explique Camille Salva.

La coupe de cheveux

Véronique Jalby, gérante du salon Oz à Toulouse, est devenue coiffeuse suspendue. Grâce aux dons de ses clients, elle coiffe gratuitement les plus démunis. Shampooing, soin, coupe et coiffage : ce forfait est financé grâce aux contributions solidaires des clients du salon.

Additionnés les uns aux autres, les dons des clients permettent d’offrir une séance chez le coiffeur à une personne qui ne peut la payer.

Le billet de spectacle

Le concept s’étend désormais au monde de la culture. Le centre culturel le Triangle à Rennes a mis en place le système du billet solidaire. « Les personnes qui achètent une place pour un spectacle ont la possibilité de faire un don en majorant le prix de quelques euros supplémentaires. L’argent en surplus est reversé dans une caisse afin d’acheter des places qui seront offertes gratuitement à des personnes qui n’ont pas les moyens », affirme Charles-Edouard Fichet, directeur du Triangle.

Les repas

À Québec, le restaurant Pizzas Aux 2 frères, a déjà offert « plus de 360 cafés, 120 soupes et 130 sandwichs depuis mai 2014 », rapporte le propriétaire Hiva Salehi.

Les livres

Soizic, fondatrice de la librairie Pages d’encre, à Amiens, explique que « depuis septembre 2015, nous proposons des livres suspendus. Les gens dans le besoin ne mettent pas les pieds dans une librairie car les livres sont chers. Nous voulions trouver un moyen de les aider.»

Une belle idée, soutenue avec enthousiasme par la clientèle. « Nos clients achètent des livres, souvent ceux qu’ils ont adorés, et les laissent à disposition. Nous les donnons au Cardan, une association locale travaillant dans les quartiers défavorisés. Ainsi, avec ce partenariat, nous sommes assurés que les livres suspendus sont utilisés à bon escient. »

Une plate-forme web pour géolocaliser les « en-cas suspendus »

CoffeeFunders est une plate-forme solidaire qui recense tous les cafés et en-cas en attente, en temps réel. Camille Chauvelin et Thibaut Sagi, en sont les créateurs :

CoffeeFunders possède aujourd’hui la plus vaste base de données d’établissements francophones ayant déclaré encourager le concept des cafés suspendus, et se décline à l’international dans sa version anglophone. Le site fédère désormais les informations relatives aux établissements participant au concept dans le monde entier…

Pensez-y au détour d’une vitrine qui annonce le concept et participez si vous le pouvez. Parlez-en également aux commerçants de votre quartier. La solidarité et la générosité de chacun, ne demande qu’à s’exprimer pour peu qu’on lui en donne la possibilité.

Pour visiter la plateforme de géolocalisation des en-cas suspendus : coffeefunders.fr

Un texte de Sophie Guittat

Faites connaître le concept du café suspendu autour de vous:

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