Les locavores : penser global et manger local !

On connaissait déjà les végétariens, les végétaliens et les vegans, mais connaissez-vous les locavores ? Adepte du développement durable, le locavorisme rassemble des consommateurs autour d’une idée simple : se nourrir exclusivement local. Fini les tomates ou les fraises toute l’année, le coup de fourchette s’adapte aux quatre saisons. Laissez-moi vous présenter ce mouvement pour y voir un peu plus clair sur la question…

locavores

Qui sont les locavores ?

Ce sont des consommateurs de produits locaux, qui respectent une discipline alimentaire et un art de vivre ; celui de s’alimenter de produits dont l’origine géographique est située à moins de 160 km de leur assiette.

Le locavore  : un éco-citoyen qui consomme local

Refus des abus de la mondialisation, volonté de faire avancer les choses sur le plan écologique, les locavores soutiennent l’économie locale. Il privilégient la consommation saisonnière auprès de producteurs locaux. Ils luttent, à leur échelle, contre la dérive écologique en limitant la pollution liée aux transports, à l’utilisation d’emballages et aux abus de pesticides, d’engrais et d’OGM…

Les locavores savent que, quand chacun aura changé ses habitudes, alors c’est le monde entier qui aura changé.

En valorisant la production locale, les locavores contribuent également à soutenir les emplois locaux. La souscription à une AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), par exemple, permet d’assurer le salaire de l’agriculteur et d’établir des liens au sein d’une population locale ou régionale. Qui n’est pas pour ? D’ailleurs, selon le cabinet Naturel Marketing Institute :

71 % des Français interrogés pense qu’il est important d’acheter des produits locaux

locavores

Le localiste, ancêtre du locavore

Le phénomène des locavores nous vient des États-Unis, au milieu des années 2000. Il s’insère dans le plus large mouvement de la nouvelle consommation et du commerce en circuit court.

Déjà au XIXème siècle, certains penseurs faisait la promotion du localisme, un mouvement faisant l’apologie de tout ce qui est local aussi bien les produits, que les emplois, les industries ou la nourriture. C’est en 1980 que l’idée de manger local prend de l’importance. Tim Lang, professeur à la City University of London et spécialiste des questions liées à la nourriture, évoque alors la notion de «food miles» (kilomètres alimentaires). Dès lors, le mot « locavore » apparaît et commence à regrouper une foule de partisans, à tel point que ce néologisme entre dans le New Oxford Dictionary en 2007.

Les bonnes raisons de devenir locavore

Vous êtes peut-être déjà plus ou moins locavore sans en avoir conscience ? Ou peut-être que vous ne l’êtes pas car vous n’en voyez pas l’intérêt ? Les bonnes raisons sont pourtant multiples, que se soit pour la santé, l’écologie ou pour l’économie, voire même les économies ! Oui, consommer des produits locaux offre plusieurs avantages :

1 – Vous êtes au plus proche du ou des producteurs :

  • vous savez d’où viennent vos produits
  • vous bénéficiez du conseil de celui qui connaît au mieux ce qu’il vend
  • vous avez accès à des produits bios ou issus de culture raisonnée et non intensive

2 – Vous pouvez réaliser des économies :

  • vous économisez le coût du transport, parfois exorbitant lors de l’importation de produits venant de l’autre côté du globe
  • vous pouvez acheter en vrac, en quantité souhaitée
  • sans les emballages onéreux

3 – Vous participez à votre niveau à un effort écologique collectif :

  • Les transports évités limitent la pollution
  • Les emballages dont vous vous passez sont autant de ressources non gaspillées

En résumé, être locavore vous permet de consommer des produits locaux en circuit court des producteurs et artisans proches de chez vous. Vous pouvez, par exemple, de les récupérer chaque semaine dans un point de distribution voisin, mais ce n’est pas là le seul mode de distribution.

locavores

Ce mode de consommation vous permet également de réduire les intermédiaires, de diminuer le gaspillage, de vous faire profiter de produits de qualité, frais et de saison à un prix juste fixé par les producteurs et artisans.

Produire et consommer localement est un acte politique, écologique, éthique et un acte de résistance pacifique à tous les systèmes qui tirent leur puissance économique de la confiscation du droit des peuples à se nourrir eux-même.

-Pierre Rabhi-

Quelques astuces pour devenir locavore

Si vous aussi, êtes décidés à franchir le pas, il ne vous manque que quelques conseils pratiques pour bien démarrer.

Le principe est d’organiser la transition. Il ne s’agit pas de dire « Dès demain je deviens locavore ! Moi et toute ma famille ! » Cela ne marche pas sur le long terme. Non, il faut s’organiser et commencer par identifier les acteurs locaux, prévoir une liste, et peut-être même préparer quelques recettes pour la semaine à venir, histoire d’éviter l’angoisse du frigo vide et un retour inévitable dans la grande surface la plus proche !​

De la vente à la ferme jusqu’aux nouveaux réseaux 2.0

Consommer de bons produits du terroir n’a jamais été aussi facile. Voici quelques idées d’initiatives solidaires qui ont fait leurs preuves :

locavores

Les AMAP : la vente des produits s’effectue directement du producteur au consommateur, souvent en souscription, permettant ainsi d’assurer la pérennité de l’exploitation. Il n’est pas possible de choisir la composition de son panier et, saisonnalité oblige, les assortiments sont moins attrayants l’hiver. Mais la qualité est au rendez-vous, à des prix très attractifs. Comptez 10 à 22 euros par semaine, selon la taille et le contenu du panier.

Les jardins de Cocagne : en employant des personnes en situation précaire, ce réseau réunit plus d’une centaine d’exploitations maraîchères bio. Les adhérents viennent chaque semaine chercher leur panier de fruits et légumes, favorisant les rencontres avec les jardiniers. Prévoyez entre 7 et 13 euros, selon les jardins et le volume du panier.

La Ruche qui dit oui ! un système à mi-chemin du réseau social et de la vente groupée, créé en 2011. Achats ponctuels ou réguliers, à chacun sa manière d’utiliser ce réseau 2.0 !

Les halles : plus traditionnel, mais l’endroit reste un incontournable pour trouver des produits frais de vendus directement par les producteurs.

Les distributeurs de légumes, de fruits, d’œufs, de pains… : plus récents, et bien pratiques parfois, les produits sont frais de la veille ou du jour, et les cases sont alimentées plusieurs fois par jour !

Les Drive fermiers « Bienvenue à la ferme » : pour acheter des produits 100% fermiers, locaux et du terroir, en quelques clics ! Choisissez votre point de retrait le plus proche de chez vous, commandez, récupérez vos produits et dégustez !

La cueillette sur les lieux de production : Sous la houlette des chambres d’agriculture, le réseau Bienvenue à la ferme fédère des milliers d’agriculteurs pratiquant la vente directe, mais aussi l’accueil à la ferme. Les petites exploitations familiales sont mises directement en relation avec le consommateur via le réseau social de Paysans.fr. De son côté, Chapeau de paille regroupe des producteurs de fleurs, de fruits et de légumes qui ouvrent leurs potagers et leurs vergers aux consommateurs pour la cueillette.

La liste n’est pas exhaustive, de nouvelle initiatives voient le jour régulièrement.

Produits de la nature : fraîcheur garantie et prix imbattable !

Une autre solution consiste à se fournir dans la plus grande épicerie du monde : la Nature ! Fraises des bois, mûres, noix, châtaignes, champignons, coquelicots, ail des ours… elle regorge de délices qui ne demande qu’à enchanter vos repas.

Locavores contre Distavores : un combat de titans !

Les locavores ont évidemment leurs opposants, qui mettent en avant les limites et les inconvénients du principe. Premier argument de ces « distavores » : entre consommer un légume produit localement à grand renfort d’engrais et de pesticides, et acheter un légume bio d’origine plus lointaine, mais dont la culture a respecté l’environnement, mieux vaut le bio, selon certains. Sauf qu’avec le temps, on trouve de plus en plus de produits bio locaux… et toc !

Autre problème : comment alimenter les millions d’habitants des grandes villes, uniquement avec des produits locaux ? Impossible, d’après les détracteurs du locavorisme. Un argument qui recule à mesure que croît le nombre de producteur bio.

locavores

En Bretagne, on exploite le concept !

Par ailleurs, cesser d’importer des produits exotiques (bananes de Côte d’Ivoire, haricots verts du Kenya, café de Colombie, chocolat du Guatemala, etc.) représenterait une perte de revenus et d’emplois dans les pays en développement ou les pays émergents. Adieu donc, café, riz, chocolat et huile d’olive ? Tout ce qui n’a pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 km est-il interdit de séjour dans nos assiettes ? Nus ne sommes pas près d’assister à une telle chose…

Enfin, autre argument : consommer strictement local engendre de nombreuses contraintes qui ne facilitent pas la vie au quotidien. Cela réduit considérablement le choix des menus, surtout en hiver. Passer plusieurs mois chaque année à ne consommer que des choux, des poireaux et des pommes de terre ; mais aussi à ne pas boire de jus d’orange ni utiliser d’herbes aromatiques, sous prétexte que ce sont là les seuls légumes disponibles près de chez soi, risque fort d’en décourager plus d’un…

Ainsi, l’engagement serait difficilement viable à moyen terme, ce qui fait dire à ses opposants que le mouvement locavore n’est guère plus qu’une mode éphémère. Les locavores sont critiqués pour leur isolationnisme alimentaire. « Manger au XXIème siècle comporte une part de voyage et de mélange des cultures », affirme Joel Stein, journaliste au Time Magazine.

C’est pourquoi, on trouve souvent des locavores parmi les adeptes du commerce équitable car les valeurs de solidarité à l’échelle locale sont proches. Car aider son prochain c’est bien, mais aider ses proches c’est mieux !

>Le petit + qui fait tout :


  1. Je vous présente Le guide du locavore pour mieux consommer local, de Anne-Sophie Novel – un livre incontournable pour bien comprendre les locavores.
  2. Et une petite pépite bourrée d’idée : Marché de saison : Plus de 250 idées et recettes pour choisir et cuisiner les produits de saison, de Pascale Paolini – une vraie source d’inspiration pour créer des menus quotidiens avec les produits de saison.

Locavore à la vie à la mort ?

Alors, locavore ou distavore ? Une chose est sûre : le concept mérite qu’on s’y intéresser, et qu’on l’applique chacun à son niveau, selon ses possibilités d’approvisionnement, ses moyens, et peut-être en faisant preuve d’un peu de souplesse ? Mais, quoi que vous décidiez : manger doit rester un plaisir !

Un texte de Sophie Guittat

3 Commentaires

  1. Tres intéressée, nous consommons le plus possible de produits de notre région, mais il nous reste encore de gros progrès à faire….

  2. Juste une remarque par rapport aux légumes et fruits « bio », les kiwis,citrons,patates douces etc..venant de pays lointains (Afrique de sud, Chili,Nouvelle Zelande…) .
    Comment les considérer comme bios quand ils viennent à grand renfort énergétique par bateaux ou avions? Je privilégie ceux de mon pays (on trouve plein de kiwis en France, et notamment près de chez moi en Vendée) des citrons du midi, de Corse…
    Et j’achète évidemment ce que je ne peux trouver chez moi, café, bananes, avocats qui bientôt pourront venir du Portugal puisqu’ils en produisent. À mon sens l’empreinte energetique est moins forte dans ce cas.
    Tout le reste et c’est beaucoup, viande,fromages,laitages,fruits et légumes de saisons vient de tout à côté de chez moi, quelques km, les poissons/crustacés faisant la plus grande distance finalement.
    Et le journaliste qui « affirme »que « manger au XXIeme siècle comporte une part de voyage et de melange des cultures » cela fait longtemps que , depuis le XXeme(!) ,c’est mis en pratique par beaucoup.
    Je ne me prive donc pas de manger et goûter et cuisiner les cuisines du monde mais j’essaie de le faire avec les produits locaux; les épices évidemment ou autres, je les achète.
    Merci pour votre article.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *