L’agriculture biologique pourrait-elle nourrir la planète entière ?

Malgré l’engouement qu’elle suscite pour ses vertus écologiques et environnementales, l’agriculture biologique continue d’être perçue par la société comme un mode de production alimentaire secondaire. On la prédit incapable de nourrir une planète qui compterait quelques 10 milliards d’habitants d’ici 2050. Cette « prédiction » est-elle réellement fondée?

agriculture biologique

L’agriculture biologique se développe inexorablement

En 2011, l’agriculture biologique n’occupait même pas 1% des surfaces agricoles mondiales. Il est vrai que ces dernières années ont vu se développer considérablement l’agriculture biologique.

Ainsi dans notre pays, entre 2007 et 2012 les surfaces cultivées en bio ont augmenté de 104% et le nombre d’exploitations de 85%.

Fin 2012 les surfaces cultivées en France selon le mode de production biologique couvrent 1 032 935 ha, ce qui correspond à 3,7 % de la surface agricole utile (SAU) française. En 2013, la barre des  25 000 agriculteurs bio est atteinte.

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On constate sur ce second graphique que des départements du sud de la France comptent plus de 10% des surfaces cultivées en bio. Preuve s’il en est de l’inexorable avancée du bio dans notre société :

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Des rendements meilleurs que ce que l’on croyait

Les détracteurs de ce mode de culture plus respectueux de l’homme et de la terre, lui reprochent surtout ses piètres rendements, comparés à ceux de l’agriculture conventionnelle. Or, une « méta-étude » américaine, publiée, mardi 9 décembre dernier, dans les Proceedings of the Royal Society (l’équivalent britannique de l’Académie des sciences française), redore quelque peu le blason de ce mode de culture qui proscrit les intrants chimiques, engrais, pesticides et autres produits phytosanitaires.

L’étude conclut que le déficit de productivité des méthodes biologiques par rapport à l’agriculture intensive, ou industrielle, est moins important que ne l’affirmaient de précédents travaux. Et, surtout, qu’il est possible de réduire cet écart.

Des rendements inférieur de 10% seulement

Les derniers chiffres qui faisaient référence, publiés en 2012, annonçaient des rendements inférieurs de 20 à 25% pour l’agriculture biologique comparée à l’agriculture traditionnelle. Deux études du Néerlandais Tomek de Ponti, l’autre par la Canadienne Verena Seufert, donnaient des chiffres convergents, que la communauté internationale admettait.

Mais la nouvelle publication de Claire Kremen revoit ces chiffres à la baisse. Ce professeur de sciences de l’environnement et codirectrice du Berkeley Food Institute de l’Université de Californie, a étudié trois fois plus de données que ses prédécesseurs. Elle et son équipe ont passé au crible 115 études de 38 pays différents, portant sur 52 espèces végétales et couvrant une période de 35 années.

Les résultats de cette analyse panoramique sont multiples. L’enseignement principal est que la différence entre l’agriculture bio et la traditionnelle n’excède pas 10% dans certaines conditions. Quand les exploitations biologiques ont recours soit aux cultures associées (plusieurs plantes cultivées sur la même parcelle), soit aux rotations : les rendements ne sont que de 9% (polyculture) et 8 % (rotation).

Sinon, sans technique d’agro-agriculture particulière mise en oeuvre, le rendement en bio est inférieur de 19,2% à celui de l’agriculture conventionnelle. L’auteur de cette étude récente, conclut :

Les résultats prometteurs suggèrent qu’un investissement approprié dans la recherche agronomique pour améliorer la gestion des cultures biologiques pourrait fortement réduire ou même éliminer l’écart [avec l’agriculture traditionnelle] pour certaines cultures ou régions.

Améliorer l’accès à la nourriture : la clé pour nourrir la planète

L’apport essentiel du rapport de Claire Kremer est de confirmer qu’en agriculture biologique, la diversification est essentielle pour améliorer la performance. Il met également en évidence que des rendements inférieurs de moins de 10% ne peuvent être un argument suffisant à prédire l’incapacité de l’agriculture biologique à nourrir la planète.

En effet, notre système agricole actuel produit beaucoup plus de nourriture qu’il n’en est nécessaire pour subvenir à nos besoins. Il faut donc aussi lutter activement contre le gaspillage alimentaire qui représente près du tiers de la production mondiale de nourriture. Pour éradiquer la faim dans le monde, il faut améliorer l’accès des populations à la nourriture, pas simplement accroître la production.

Pour autant, plaide la chercheuse américaine :

augmenter la part de l’agriculture faisant appel à des pratiques durables n’est pas un choix, mais une nécessité : nous ne pouvons tout simplement pas continuer à produire de la nourriture sans prendre soin des sols, de l’eau et de la biodiversité.

source : d’après l’article  L’agriculture biologique, plus productive qu’on ne le pense , paru sur lemonde.fr

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